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L’incroyable quartier fantôme de Famagouste

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L’incroyable quartier fantôme de Famagouste

 
par Antoine
 
J’ai passé neuf mois à Limassol en tant que volontaire européen. L’ile de Chypre est un endroit particulier. Elle est divisée en deux depuis le coup d'Etat visant à la rattacher à la Grèce en 1974. En réaction, la Turquie envahit le nord de Chypre, provoquant la fuite des chypriotes-grecs vers le sud. Depuis, Chypre du sud est devenu un état indépendant alors que le Nord est une république autoproclamée non reconnue par la communauté internationale. Le symbole de cette fracture se trouve à l’est de l’île. Coincé à la frontière entre les deux camps, un quartier de Famagouste est devenu une ville fantôme dans laquelle on ne peut pénétrer…
 
 
 
 
L’atmosphère est très étrange. La ville est séparée par une « ligne verte », une sorte de No Man’s land qui forme une ligne coupant l’ile en deux. Seule l’ONU peut rester dans cette zone, composée de maisons totalement abandonnées. On m’avait parlé plusieurs fois de ce quartier fantôme du nom de Varosha. Le seul nom de ville fantôme faisait palpiter mon p’tit cœur d’amateur de cinéma d’épouvante. Étrangement, je n’avais pas lu grand-chose à propos de cette ville morte. Pour y aller je savais que je devais me rendre à Famagouste mais je ne voulais pas trop en savoir. Les informations viendraient après l’exploration. Oui mais… il y a un gros « MAIS ». Vous comprendrez pourquoi plus tard.
 
 
C’est avec mes trois colocataires espagnols que je pris le bus, direction Famagouste. Après être arrivé sous la chaleur écrasante, nous visitons la ville historique. Famagouste est splendide mais remplie de militaires turques et de l’ONU, beaucoup plus qu’à Nicosie d’ailleurs. Après la visite éclair, direction Varosha. Sur la route on sent qu’il y a quelque chose qui cloche... Des panneaux rouges indiquent qu’il est interdit de prendre des photos ou de filmer avec le pictogramme d'un militaire armé. Il y a de plus en plus de militaires justement et une ambiance très lourde. Les rues sont désertes et les maisons abandonnées autour d’un parc glauque qui donne froid dans le dos. Pas de doute, on est sur le bon chemin pour la ville fantôme. Nous suivons quelques touristes qui empruntent un petit passage et nous arrivons enfin devant Varosha
 
 
 
 
Face à nous se dresse un hôtel immense, complètement abandonné. Les murs éventrés nous laissent apercevoir l’ascenseur du bâtiment en ruine. L’entrée est grillagée et le chemin nous amène sur une plage magnifique : face à la mer, une eau turquoise et du fin sable blanc. De l’autre côté, Varosha : l’immense quartier totalement deserté. Les barbelés entourent la petite plage et nous laissent entrevoir de loin des maisons, appartements et hôtels étripés, fenêtres cassées. La vue ne laisse percevoir aucun signe de vie. La plage où nous sommes est limitée par du grillage rouillé qui disparait dans l’eau turquoise. Sur la plage inaccessible, on aperçoit ce qui reste de parasols et de chaises longues, laissés là il y a de nombreuses années.
 
 
 
 
 
 

« No photo, no video »

Après une baignade, je tente de prendre quelques photos discrètement, histoire de ne pas repartir bredouille quand j’entends un sifflet et une voix qui m’interpelle. Un militaire vient à ma rencontre et me hurle dessus en turque. Il me prend mon téléphone des mains et regarde les photos que j’ai prises. J’essaye de lui expliquer que je ne comprends pas ce que j’ai fait de mal mais mes talents de comédien ne prennent pas. Après un long moment de négociation dans un langage incohérent, le garde accepte de me laisser partir mais efface toutes mes photos. C’est comme ça ici. L’armée ne rigole pas et Varosha, c’est sensible.
 
 

Pourquoi un si beau quartier est-il inhabité?

 
 
Le site de Varosha à Famagouste était une station balnéaire très prisée en Europe. Tous les ingrédients étaient réunis pour en faire un lieu touristique coté. Elizabeth Taylor et d’autres stars y ont séjourné. Aujourd’hui, elle est sans doute le lieu qui porte les marques les plus évidentes de la rivalité entre le nord et le sud. Cette ancienne station balnéaire présente aujourd’hui un visage triste et consternant. La ville s’est vidée en quelques heures de ses 40 000 habitants grecs en 1974 suite à une arrivée massive de parachutistes turques. Un projet de réhabilitation en ville écologique a été présenté en 2006. Reste à savoir si les deux camps se mettront d’accord pour redonner une seconde vie à Varosha.