Street Art : du vandalisme au prodigieux

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Street Art : du vandalisme au prodigieux

 
Ça a commencé par une blague puis des mots d’amour et ça s’est transformé en tourbillons de peinture qui colore des millions de rues. Si une bande d’irréductibles pense encore que le Street Art se résume à quelques gribouillis effectués par des vandales sur un mur de ville, le style fait aujourd’hui parti des incontournables de l’art contemporain. Son aspect instantané, populaire, éphémère et revendicatif colle tellement bien avec l’air du temps.
 
Je pourrais vous dire que l’art urbain est en réalité un mode d’expression qui existe depuis que l’homme et l’homme. Oui c’est vrai, Cro Manion et ses potes dessinaient leur vie sur les murs de leurs cavernes… Je préfère en réalité commencer l’historique du mouvement Street Art à partir de la deuxième moitié du 20ème siècle, là où il a vraiment commencé
 
Nous sommes en 1942 et un ouvrier du nom de Kilroy s’amuse à écrire sur les murs « Kilroy was here » avec des bombes, que l’usine où il travaille, fabrique. La chose est devenue virale et le graffiti est né. Puis, c’est au tour de Cornbread d’envahir les murs de Philadelphie de sa signature pour déclarer sa flamme à sa bien-aimée. Son défi est de le faire dans des endroits improbables et dangereux. La légende raconte qu’il va même jusqu’à tagger le jet privé des Jackson’s Five.
 
 
Si Philadelphie est le commencement, le mouvement prend le train et sa voisine New York devient le berceau de la mode graffiti. Entre vandalisme et goût de l’interdit, les gares et stations de métro vont devenir le Playground d’artistes comme Futura ou Phase 2. Les signatures deviennent de plus en plus soignées et les simples tags aux typographies minimalistes se transforment en graffitis design.
 
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Peinture de Futura 2000, de son vrai nom Leonard Hilton McGurr, pionnier du graff New-Yorkais

 
Les années 1980 voient émerger la sous-culture punk et hip hop. Elles vont grandement influencer le mouvement graff américain. En même temps qu’ils colorent les murs de New York, Futura accompagne sur scène le groupe The Clash et graffe sur scène tandis que Phase 2 mixe avec les gangstas rappeurs de l’Est Coast. C’est la révolution du Street Art comme on l’entend aujourd’hui. La réputation des graffeurs change passant de simple voyou à artiste reconnu par l’opinion publique, les observateurs et la presse américaine.

Si je devais vous citer un artiste parmi la multitude existant à l’époque à New York, je choisirais de mettre en avant Xavier Prou alias « Blek le Rat ». Pourquoi ? Déjà parce qu’il est français, cocorico. Et puis surtout parce qu’il va être le pionnier des graffeurs qui utilisent les pochoirs, donnant de nouvelles perspectives au Street Art.
 
 
L’avant-garde populaire

Jean Michel Basquiat, qui dessine sous le pseudonyme SAMO, se révèler au grand public avec un graphisme atypique et morbide. Il va devenir la tête de gondole d’une génération d’artistes de rue qui sera considérée comme l’avant-gardisme populaire (ou mouvement underground). Accompagné de Keith Haring avec son fameux « baby » et le déjà célèbre (à l’époque) Andy Warold, cette génération expose des œuvres dans le monde entier. Ils voient la rue comme une gigantesque toile vierge. Cette période du Street Art est marquante car elle dévie de la gratuité artistique revendiquée auparavant. C’est aussi la fin du caractère éphémère du Street Art avec des œuvres qui se vendent très chères et qui sont côtées sur le marché de l’art. Il y a donc une vraie division dans le mouvement, entre ceux qui considèrent que la discipline doit rester gratuite, et ceux qui en tirent profit…
La crainte de certains graffeurs de l’institutionnalisation et le flirt avec le pop art va créer de la division dans un mouvement qui était jusque-là très solidaire.
 
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Jean Michel Basquiat, peintre d'avant-garde populaire et pionnier de la mouvance underground

 

Les année 2000 : la profusion internationale

L’Europe découvre le mouvement graffiti en même temps que l’avènement du hip hop dans les années 90’. Le nouveau millénaire sera donc la démocratisation du Street Art dans les plus grandes villes du monde. Rares sont les capitales à ne pas avoir leurs lots de murs peints avec plus ou moins de talents, d’énergie et/ou d’originalité. Il n’est pas rare pour des offices de tourisme de se servir du street art local pour faire découvrir leur ville.

L’anglais Banksy réalise la performance de devenir une super star aussi bien dans les milieux populaires que dans le milieu élitiste de l’art. Ce dernier se révèle prolifique alors même qu’il utilise la technique du pochoir, à travers des œuvres engagées et sulfureuses.

On constate alors que les sculptures de Mark Jenkins ou les stickers de Shepard Fairey apportent un savoureux coup de neuf à la discipline, donnant toujours l’impression que le Street Art est un art qui se renouvelle à chaque instant.
 
 
Le Street Art : Un service public

La possibilité de voir des œuvres gratuites est une raison de la popularité grandissante du mouvement. Le Street Art est reconnu comme un art vivant et éphémère. Il suit l’actualité parce qu’il est instantané. Il participe même aux métamorphoses de la société. Il est également considéré comme un contre-pouvoir politique par son désir permanent de subversivité. Les artistes reprennent l’espace public urbain avec impertinence (parfois mal placé) alors qu’il est laissé de plus en plus au grand capital via la publicité.

L’objectif n’est pas que de provoquer sous couvert d’anonymat. Des municipalités et des particuliers font appel à des graffeurs pour réaliser des prestations ponctuelles chez eux.