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Un jardin dans le désert malgache

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Un jardin dans le désert malgache.

par Antoine
 
Il y a parfois des endroits hors du temps qui nous marquent par leur indescriptible beauté. Il y a parfois ce sentiment d’être privilégié pour avoir quitté un lieu unique et quasi inconnu. En plein cœur du royaume Bara à Madagascar, s’étendent des kilomètres de massif de grès désertique. Nous y avons découvert un jardin surprenant au milieu d’un espace à l’aspect pourtant hostile à toute verdure.
 
Lors de notre séjour à Madagascar, nous nous sommes surtout déplacés en taxis brousse pour être, un peu, connectés avec la population. Le sud de Madagascar est un endroit peu touristique où, hormis dans quelques 4X4 aux vitres teintées, il est rare de rencontrer des touristes. Isalo ( prononcé /ichal/) est pourtant une exception. Le parc national de 81 500 hectares est une vraie merveille, composé de canyons et de quelques piscines pures à l’eau turquoise. Il donne la possibilité d'observer des animaux dans le milieu naturel dont des uniques espèces de lémuriens. L’entrée dans le parc est chère car, en plus d’un guide, d’un véhicule et de son chauffeur pour entrer et repartir, il faut payer une taxe d’état plutôt onéreuse. En général les touristes dorment, comme nous l’avons fait, à Ranohira, le village le plus proche.
 
 
 
Pour vous situer le décor, le parc est en réalité une infime partie d’un vaste terrain aride et légèrement vallonné. Le sol de gré laisse pousser quelques herbes d’un jaune or (ocre) contrastant merveilleusement bien avec le soleil bleu malgache. Se balader dans cette savane nous donne parfois l’impression d’être dans le dessin animé « le Roi Lion »…
 
 
 
Et pourtant, certain locaux et touristes nous avaient parlé d’un jardin immense au milieu de ce désert sec. « Un jardin ? dans l’Isalo ? ». Il appartiendrait au propriétaire de deux luxueux hôtels situés juste à côté du jardin.

Il se trouve que dans notre Road Trip, nous sommes repassés par Isalo. Curieux que nous sommes, nous avons décidé de nous rendre dans un des deux hôtels perdus sur le bord de la RN7. L’endroit n’est pas visible de la route. Il faut emprunter un chemin de terre à pied ou en 4X4 pour arriver à l’entrée du premier hôtel au nom évocateur de « Jardin du Roy ». L’endroit est très surprenant, tant pas son architecture que par son originalité. Les couleurs et la forme de chaque bungalow se fondent harmonieusement dans le décor rocheux.
 
 
L’intérieur est très luxueux, en corrélation avec le prix excessivement cher pour le pays. L’ambiance nous semble étrange notamment lors du repas où les riches touristes blancs se font choyer (beaucoup trop) par le personnel malgache. Après nous être reposé de notre voyage et de nos digestions difficiles*, nous avons donc pu découvrir le fameux jardin.

A quelques pas de l’hôtel, l’ambiance est très différente du paysage de la région. 5 hectares de verdure luxuriante composés de plantes et arbres fruitiers. Nous sommes hors du temps à la vue de chaque parcelle dans cet incroyable oasis. Sur le chemin nous rencontrons un français qui nous propose de nous faire visiter. Des centaines d’arbres fruitiers à la fois européens avec pommiers, pêchers, pruniers, figuiers… et tropicaux avec des caféiers, de manguiers, des avocatiers, des litchis ou encore des bananiers… Il nous montre également l’immense potager qui, comme les fruits, assure une totale autonomie des deux restaurants de l’hôtel en légumes. Nous arrivons au centre du jardin avec un îlot au milieu d’un étang où se promènent des dizaines de lapins et des centaines de canards, barbotant en toute tranquillité. Sur le chemin, nous apercevons les ruches, qui assurent la pollinisation des arbres fruitiers, et un peu en hauteur, des grandes rizières. La marre à crocodile semble quand à elle vide et nous comprenons par la suite que les propriétaires ont du les tuer après la disparition d'un trop grand nombre de canard.
 
 
 
 

Au fil de la conversation, nous comprenons que notre guide n’est autre que le créateur et propriétaire des lieux. Il nous présente l’arrière-boutique avec ses fabrications naturelles de pesticides et de jatrophas : huile extraite des graines récoltées dans la plantation pour fabriquer du carburant « vert ». Il a également un partenariat avec une grande marque pour produire des huiles essentielles bio. Une centaine de personnes originaires des villages ethniques Bara**, œuvrent chaque jour pour ce paradis botanique.
Le discret sexagénaire semble passionné et reste modeste sur le chef d’œuvre qu’il a construit en 30 ans. Il est difficile de lui tirer les vers du nez sur les circonstances de départ d’un tel projet. « Pourquoi ici ? Là où rien ne pousse ? » ***. Il nous avoue à demi-mot que le projet était de construire un hôtel et que la plupart des arbres ont étés plantés en même temps que « Le Relais de la Reine » (son premier hôtel). Nous nous sentons tellement privilégiés de pouvoir visiter ce trésor caché, et même inconnu pour bon nombres de malgaches. Vous trouverez très peu d’informations sur le jardin d’Isalo mais il existe une vidéo disponible sur Youtube (lien en fin d’article). Le jardin est visitable même sans prendre de chambre à l’hôtel mais il vous faudra convaincre le taxi brousse de vous arrêter ici et en trouver un autre qui veuille bien vous reprendre.
 
 
* Le voyage à Madagascar met notre estomac à rude épreuve. Les règles sanitaires n’étant pas les mêmes que chez nous, la digestion s’avère parfois très difficile.
** Isalo se trouve dans la partie de Madagascar où vit l’ethnie Bara, répartie sur plusieurs villages et vivant surtout de l’élevage de zébus.
*** J’ai envoyé un message à l’hôtel pour comprendre les circonstances qui ont amenées à un tel projet mais je n’ai pas reçu de réponse à ce jour.
 
Vidéo qui illustre parfaitement mon article